Industrie : les outils numériques favorisent-ils vraiment la performance ?
Favoriser l'usage du numérique dans l'industrie : sur le papier, tout le monde est pour ! En pratique, la mutation n'est encore pas si évidente et certains doutent de l'apport réel des outils numériques sur la performance de leur entreprise. Spécialiste des systèmes industriels, Jean Vieille propose un modèle d’observation de l’usine intelligente et une approche continue de sa transformation informatique. Objectif : améliorer la performance globale de l'entreprise.  

Quelle serait votre définition de l’usine intelligente ?

La définition succincte que je donne à l’intelligence est la suivante : l’aptitude d’un être vivant à le rester de manière heureuse... En pratique, l’intelligence nait de deux facteurs : les interactions entre sous-ensembles (personnes, services, machines…) et l’intelligence individuelle de ces mêmes sous-ensembles, qui sont tous deux directement supportés par la technologie informatique. On différencie souvent deux domaines informatiques dans l’entreprise industrielle : l’IT (Information Technology) et l’OT (Operational Technology).  

Justement, IT et OT : quelle différence ?

L’OT désigne les automatismes. Son objectif est d’assurer le fonctionnement efficace et sûr du système de production (usine, ateliers, machines) pour délivrer correctement les produits et services. L’IT répond à tous les autres besoins des processus opérationnels de l’entreprise. Si l’on prend l’exemple de l’avion, l’IT permet de traiter la billetterie passager, la programmation des vols, etc. L’OT assure le contrôle des équipements de l’avion tels que le système de freinage, de gouverne ou les moteurs, de sortent qu’ils obéissent aux directives qui leur sont données. L’OT gère aussi le contrôle des processus physiques qui vont permettre de faire voler l’avion et de le conduire à destination : traitement des check-lists, système de navigation, pilote automatique… Le lien entre l’IT et l’OT se fait grâce à la gestion des processus physiques qui standardise la communication avec l’avion, permet à la tour de contrôle d’interagir avec lui quels que soient sa marque, son modèle…  

Comment les nouveaux outils numériques garantissent-ils une meilleure performance pour nos usines ?

Les nouveaux outils digitaux permettent d’améliorer la connectivité entre les sources et bases de données, les unités de traitement, les interfaces humaines. Ils sont à même de traiter l’information plus efficacement en combinant l’aptitude à traiter des volumes de données importants (Big Data) et en développant des formes d’intelligence artificielle (algorithmes d’optimisation…) complétant et stimulant l’intelligence humaine...
  |  La gestion de la performance permet d’orienter les efforts de l’entreprise pour tirer profit de ces technologies au bénéfice de l’intelligence collective. La performance est plus facile à gérer localement, mais elle doit prendre en compte l’impact des comportements qu’elle induit au niveau global. Par exemple, l’optimisation du rendement énergétique d’une pompe peut pénaliser celui du réseau qu’elle sert.
 

Ces outils numériques sont donc des facteurs de transformation de l’entreprise ?

L’entreprise évolue en permanence : travaux de réorganisation, développement des compétences du personnel, investissement sur les équipements, développement de nouveaux produits... D’une part, l’informatique doit accompagner, servir ces évolutions sans les contraindre, et d’autre part évoluer et se renouveler. Des innovations apparaissent sans cesse. Les interactions sont de plus en plus riches. Les marchés imposent une adaptation de plus en plus rapide. Je conseille donc à mes clients de traiter la transformation digitale dans une dynamique d’évolution permanente à l’écoute des véritables besoins et à l’affut des opportunités de tous types. La transformation digitale n’est pas un projet big-bang. C’est un processus permanent de l’entreprise qui n’a jamais cessé.  

Les bénéfices sont déjà sensibles pour les entreprises ?

Les industriels peuvent saisir toute la valeur ajoutée de ces nouvelles technologies à l’instar de la solution Big Data d’efficacité énergétique Vertuoz Industri.e. Elles permettent d’une part de mieux réaliser les anciens usages – automatiser le reporting, animer des tableaux de bord en temps réel et gagner du temps ; mais aussi réaliser de nouveaux usages – anticipation des défaillances, aide dynamique contextuelle, continuité digitale de la conception à l’utilisation de la machine, clone virtuel, traçabilité totale… De nouvelles façons de travailler qui rendent l’homme lui-même plus intelligent et fier de son travail !  

A propos de Jean Vieille

Consultant indépendant, Jean Vieille est spécialisé dans le support informationnel des systèmes industriels. Il accompagne les grands comptes et PME dans leur transformation digitale. Fort d'une conception systémique de l'industrie, il place les systèmes informatiques dans une réflexion plus large sur la performance et l'intelligence de l'entreprise.  
  • Posté le 22 mai 2017
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  • Par F. Gailliot

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