Performance industrielle : ces nouvelles méthodes pour atteindre l’excellence

Faire entrer les méthodes de gestion dans l’ère du numérique et du collaboratif. C’est l’objectif de José Gramdi, Fondateur du cabinet de conseil Interaxys. Ce consultant a développé une nouvelle approche de la performance industrielle basée sur une vision plus globale et sur les méthodes de l’amélioration continue. Explications.

 

Avec Interaxys, vous promettez une nouvelle approche de la performance industrielle. Quelles sont ses caractéristiques ?

Nous nous différencions de l’approche traditionnelle en silo qui vise à attribuer des objectifs de performance aux différentes fonctions de l’entreprise (marketing, vente, achats, production…). Selon nous, il faut désormais davantage jouer collectif en synchronisant les efforts. Plutôt que de fixer une infinité d’objectifs individuels, nous proposons donc à nos clients un schéma de performance global : la PIG (Performance Interactionnelle globale). Cet indicateur leur permet d’aligner les ressources vers un objectif commun à toute l’entreprise.

 

Comment se construit ce schéma ?

Nous sommes issus de l’école de la pensée systémique. Nous regardons les interactions entre les différentes fonctions de l’entreprise. Cela peut sembler assez conceptuel mais c’est en fait assez concret. Notre approche permet de faire comprendre à chaque salarié que ses décisions personnelles ont un impact sur la performance globale. Nous proposons ainsi une représentation dynamique de l’entreprise dans laquelle chacun est capable d’identifier sa contribution au global et l’effet de ses interactions avec ses collaborateurs. Et ça change tout !

 

Concrètement, comment aidez-vous les dirigeants à mieux piloter leur activité ?

Grâce à cette modélisation, nous commençons par définir la stratégie commerciale optimale pour l’entreprise. C’est à-dire le mix de ventes qui va permettre de maximiser le résultat brut d’exploitation en fonction des ressources, de la consommation des différents flux… C’est une autre rupture par rapport au paradigme habituel qui ne regarde que la marge de chaque produit. Lorsque l’optimum commercial est atteint nous passons enfin dans une boucle d’amélioration continue grâce aux différentes méthodes reconnues : Théorie des Contraintes, Lean Management ou Six Sigma. Autrement dit, nous identifions en temps réel ce qui empêche l’entreprise d’atteindre un niveau de performance supérieur.

 

Comment décliner cette approche au domaine de l’efficacité énergétique ?

La mise en place d’une démarche d’amélioration continue de type ISO 50001 permet de réaliser des économies d’énergie dans les usines. Elle requiert la construction d’un Système d’Information Énergétique (SIE) performant permettant la collecte et l’exploitation de données en provenance de presque tous les domaines de l’entreprise (production, maintenance, gestion, achats, qualité…) et de son écosystème (clients, fournisseurs, météo, bourses de l’énergie et des matières premières…). C’est l’intégration de toutes ces informations dans une base de données unique, combinée à leur traitement massif avec des outils Big Data, qui vont permettre de créer le modèle. C’est-à-dire de disposer d’une visibilité sur les flux, d’étudier la variabilité des processus et d’identifier des actions d’amélioration.

Ainsi par exemple, la modélisation de la puissance thermique appelée dans un réseau de chaleur urbain pour les 10 prochains jours va me permettre de choisir d’allumer une ou deux chaudière(s) selon les besoins du réseau en eau chaude et de programmer certaines actions de maintenance que je ne pourrais pas engager sans avoir cette visibilité. Cette modélisation prédictive des besoins en énergie et des capacités de l’entreprise me permet de prendre les bonnes décisions pour atteindre une meilleure performance.

 

Auriez-vous un exemple d’intervention pour mesurer les bénéfices d’une telle approche ?

Prenons l’exemple du dernier cas industriel sur lequel nous avons été appelés à intervenir. Nous étions confronté à un « problème de riche » puisque cet industriel avait potentiellement plus de clients que ce que ses capacités ne permettaient d’honorer. Les dirigeants ne savaient donc pas quel client prioriser et l’approche par les coûts ne leur permettait pas de trancher cette problématique avec des résultats satisfaisants. En appliquant notre modèle consistant à mettre à plat les flux, leur consommation de ressources et leur génération de valeur ajoutée, les commerciaux ont été naturellement amenés à orienter différemment leurs objectifs et on a obtenu des résultats spectaculaires. Le résultat brut d’exploitation a été multiplié par trois en un an ! Et ceci, avant même de lancer des chantiers d’amélioration continue.

 

A propos de José Gramdi (CEO d’Interaxys)

Ingénieur en robotique de formation, José Gramdi a d’abord exercé comme consultant en informatique industrielle pendant une quinzaine d’années avant de rejoindre l’Université de technologie de Troyes en 2002 comme enseignant-chercheur. Il publie en 2013 son ouvrage « La Boucle Vertueuse de l’Excellence » dans lequel il dévoile les mécanismes de son approche globale de la performance ». En 2014, il fonde le cabinet de conseil Interaxys avec trois associés.

 

   |   Le conseil de Vertuoz Industri.e

> Comment importer ces nouvelles méthodes dans mon entreprise ?

Je conseillerais de commencer par un angle d’attaque concret et bien défini, avec des résultats immédiats, avant de s’attaquer à la performance globale de l’organisation. L’énergie est donc un bon terrain de jeu. En effet, c’est un sujet transverse à toutes les fonctions de l’entreprise qui peut produire des résultats concrets et immédiats. L’énergie est souvent le meilleur prétexte pour créer une base de données unique intégrant les données de toutes les fonctions de l’entreprise (exploitation, achat, maintenance, qualité…) et donc commencer à faire tomber les silos. L’énergie est ainsi un tremplin vers l’excellence opérationnelle de l’organisation. Notre plateforme Vertuoz Industri.e pilot® offre toutes les applications logicielles, les méthodes collaboratives systémiques et les expertises métier nécessaires à l’amélioration de la performance énergétique des sites industriels.

Un outil prédictif pour optimiser le réseau de chaleur de Firminy

Avec 4 sources énergétiques – cogénération, biogaz, biomasse et gaz naturel, le réseau de chaleur de la ville de Firminy (Loire) requiert un pilotage très rigoureux. Pour optimiser sa performance, la SDCF (Société de Distribution de Chaleur de Firminy) utilise les solutions digitales Vertuoz Industri.e.

« Dans notre métier, on accumule facilement des données. Mais le plus important, c’est de les mettre au service de la performance ». Responsable technique des réseaux de chaleur et des centrales d’utilités d’ENGIE Solutions pour la Région Sud-Est, Bernard Sayve maîtrise l’art délicat de jongler avec les chiffres. Ceux du réseau de Firminy sont connus : 13 kilomètres, 57 MW de puissance cumulée, 156 sous-stations, 59 GWh d’eau chaude par an soit 6 000 équivalents logements. La chaleur est fournie au réseau à partir de 4 sources différentes d’énergie dont le fonctionnement ne représente ni le même coût, ni la même souplesse d’utilisation pour le gestionnaire. La cogénération produit une chaleur moins coûteuse que le biogaz. Tandis qu’une chaudière gaz présente elle, moins d’inertie que sa cousine biomasse.

 

Repérer plus facilement les anomalies

Pour mieux traiter cette complexité, la SDCF utilise les solutions numériques Vertuoz Industri.e. Reliée à un réseau de capteurs déployé sur toute l’installation, une salle d’hypervision informe les exploitants des performances énergétiques des sites en temps réel. Cette veille de chaque instant permet notamment de faciliter la détection d’anomalies et donc la maintenance du réseau.

« Via un écran central, nos agents peuvent surveiller facilement l’ensemble des sous-stations. Si un voyant rouge s’allume pour l’une d’elles, ils savent qu’ils doivent aller inspecter spécifiquement cette sous-station. » 

Afin d’utiliser ce nouvel outil en toute autonomie, l’équipe de supervision a suivi une formation spécifique. À terme, les équipes sur le terrain devraient même pouvoir proposer des pistes d’amélioration de la plateforme selon leurs besoins.

cartographie sous stations firminy

 

Choisir le bon mix énergétique

Autre apport de Vertuoz Industri.e pour la SDCF : l’aide à la décision. En s’appuyant sur les données recueillies par les compteurs et les prévisions météos, la solution propose des scénarios optimaux de fonctionnement pour les sept jours à venir. Autrement dit, Industri.e prédit les économies financières, énergétiques et d’émissions offertes par l’activation ou l’arrêt de l’une ou plusieurs des sources énergétiques du réseau. Sans se substituer pour autant au gestionnaire :

« Il y a toujours un humain aux commandes. Cela reste un outil d’aide à la décision et non un système d’automatisation. Au-delà des chiffres, il faut aussi prendre en compte d’autres enjeux comme le temps d’intervention des équipes pour l’arrêt d’une centrale. » 

En attendant la mesure des premiers impacts de la solution Vertuoz Industri.e sur la performance énergétique du réseau de Firminy à la fin de la saison de chauffe 2016-2017, la SDCF s’est déjà fixée des objectifs d’économies à atteindre : 5 % sur la centrale biogaz et 5 % sur les chaudières bois. Savoir jongler avec les chiffres peut se révéler gagnant.

 

   |  En chiffres

59 GWh  d’eau chaude par an

6 000  équivalents logements

5 %  d’économies à atteindre sur la centrale biogaz et les chaudières bois

 

Publication originale le 19 mars 2017, mise à jour le 28 janvier 2019