Lorsque le serious game incite vos occupants à devenir consom’acteurs

Élément fondamental de la sobriété et de la transition énergétique, la sensibilisation aux éco-gestes est le premier pas vers le changement de comportement des occupants d’un bâtiment. Le digital offre à cet égard de multiples opportunités aux gestionnaires de bâtiments tertiaires publics et privés pour accompagner le changement dans les comportements des usagers et réussir un programme d’efficacité énergétique s’inscrivant dans une démarche durable. Les solutions sont nombreuses. Zoom sur une approche qui a particulièrement le vent en poupe : le serious game, via une application mobile.

Différentes études réalisées sur l’impact des programmes de sensibilisation en matière de réduction des consommations énergétiques montrent qu’un consommateur averti réduit de 5 à 15 % sa consommation énergétique. Un chiffre particulièrement intéressant pour les organisations publiques comme privées, amenées à maîtriser leurs dépenses énergétiques et réduire leur impact environnemental global depuis la RT 2012 et en anticipation de la RT 2020.

Ce constat a enclenché en 2015 une dynamique partenariale entre ENGIE Lab Singapour et l’Université Technologique de Nanyang à Singapour. Elle a abouti au lancement de l’application PowerZee, serious game qui encourage ses utilisateurs à réduire leur consommation d’énergie en transformant en jeu la chasse au gaspillage.

« Le serious game est un levier très puissant en termes de sensibilisation des publics et de changement des comportements parce qu’il combine trois leviers : la dimension ludique, interactive et participative » met en exergue Jean-Claude Benisti, responsable du projet au Lab CRIGEN d’ENGIE.

De la sensibilisation aux éco-gestes au pilotage de la consommation
Le principe de départ est en apparence simple : en signalant les éco-gestes qu’ils adoptent (éteindre la lumière, utiliser les escaliers, etc.) ou en proposant de nouveaux éco-gestes, les utilisateurs de l’application gagnent des points. Plus ils marquent de points, plus ils améliorent leur empreinte environnementale, en contribuant à la plantation de nouveaux arbres sur l’île de Sumatra en Indonésie via l’association Reforest’Action.

Powerzee

Depuis, l’application s’est étoffée : elle s’est enrichie de la création d’un réseau social permettant aux utilisateurs de signaler, d’échanger et d’évaluer des points d’intérêts en matière de développement durable (alimentation, sport, culture, travail, lieux écologiques). Elle permet également d’organiser des challenges entre plusieurs groupes réunis au sein d’une même communauté et de créer un niveau d’émulation supérieur. Enfin, l’application est enrichie d’une fonction de crowd-sourcing : PowerZee est capable de solliciter les utilisateurs au sujet de la température de la pièce dans laquelle ils se trouvent, permettant aux gestionnaires de bâtiments de régler en conséquence la température de consigne du système de climatisation ou de chauffage et d’améliorer ainsi l’exploitation globale du bâtiment (confort des occupants et consommation d’énergie).

« Nous avons aussi désormais la possibilité de mettre en place un dispositif de suivi par télérelève des consommations (énergies, eau). C’est une option qui permet de suivre le niveau de corrélation entre l’action de sensibilisation aux éco-gestes et ses conséquences concrètes en matière de consommation » précise Jean-Claude Benisti.

Une application déployée dans le cadre d’un CPE
Depuis son lancement en 2015 à Singapour, l’application a fait du chemin. Elle a été déployée en 2017 pour la Ville de Lille auprès des utilisateurs des écoles maternelles et bâtiments techniques ; sur le Campus de Bordeaux en 2018 sous forme de challenge auprès des étudiants et personnels durant 5 mois et également sur le Campus universitaire international de Paris en 2017. Dans ce cas spécifique, la solution PowerZee a été déployée dans le cadre d’un Contrat de Performance Énergétique noué entre la Cité Internationale Universitaire de Paris, l’un de ses partenaires institutionnels, la Caisse Des Dépôts et Consignations, ENGIE Cofely et Vertuoz. « Le choix du client s’est porté sur l’offre ENGIE qui répondait avec PowerZee, à la demande du client d’impliquer les occupants dans la réussite de cette démarche d’efficacité énergétique » note Jean-Claude Benisti.

Découvrez l’application Powerzee en vidéo 

Powerzee

Si l’application a prouvé sa pertinence auprès des acteurs publics, elle intéresse aussi le tertiaire privé – la Business Unit MESCAT (Moyen Orient, Asie du Sud et Centrale et Turquie) d’ENGIE l’a également déployée – et pourquoi pas demain le logement collectif ? Commercialement, la mesure d’un retour sur investissement grâce aux économies générées par les changements de comportement des occupants serait décisive.

« À cet égard, nos clients qui ont choisi de déployer la version la plus complète de l’application, à Bordeaux ou à Paris par exemple, se sont dotés des outils d’évaluation qui permettront au fil du temps d’identifier et d’activer les leviers comportementaux pour renforcer le rôle des occupants dans la réduction de leur propre empreinte carbone et, de fait, de celle des bâtiments qu’ils occupent » conclut Jean-Claude Bénisti.

L’interaction au cœur de la sensibilisation digitale aux éco-gestes

Le serious game n’est qu’une des multiples solutions digitales offertes pour sensibiliser les occupants d’un bâtiment ou groupe de bâtiments aux éco-gestes ou à l’éco-responsabilité. Elles proposent des niveaux d’interactivité et des mécanismes d’incitation plus ou moins développés avec les usagers. Le digital est un moyen d’accompagnement à coût maîtrisé. Pour que cela dure, il faut mettre en place une pédagogie participative qui pallie à la résistance au changement de comportement. L’accompagnement au changement de comportement est l’affaire de tous : des communautés collaboratives, des acteurs naissants comme les assistants à maître d’usage qui vont accompagner les assistants à maîtrise d’ouvrage sous un angle sociologique.

Les gestionnaires de bâtiments publics peuvent par exemple opter pour ÉcoBoard, solution d’affichage proposée par Vertuoz, qui peut être installée dans tous les lieux de passage publics (halls d’accueils, salles de réunion et d’enseignement, de formation, ascenseurs, cafétéria…). Les occupants visualisent sur cette interface web les informations de consommations en continu de leur bâtiment (électricité, chaud, froid, eau, gaz…) et suivent les impacts de leur comportement au quotidien. Les données de consommation sont traduites en équivalences (km parcourus en vélo, en voiture, en train, en nombre de baignoires remplies) pour faciliter leur compréhension. ÉcoBoard propose aussi aux occupants des éco-gestes à réaliser au quotidien afin d’améliorer leurs comportements et permettre des économies d’énergies.

Les gestionnaires de bâtiments d’enseignement ou de collectivités territoriales peuvent également participer au concours Cube 2020 (Concours Usages et Bâtiment Efficace). Depuis juillet 2018, les inscrits profitent dans leurs locaux d’actions de sensibilisation menées sur place pour amener chacun à des comportements éco-responsables. Chaque mois, la consommation des différents bâtiments est collectée sur une plateforme dédiée et comparée à leur consommation historique. Seront récompensés par catégorie les bâtiments qui auront atteint la meilleure performance en termes d’économie d’énergie en actionnant 3 leviers : la rénovation du bâti, l’amélioration de l’exploitation technique et la sensibilité des usagers aux éco-gestes. Rendez-vous en juin prochain pour découvrir les lauréats de la 4è édition.

 

Retrouvez l’application Powerzee sur Google Play et l’App Store.

7 actions pour optimiser l’énergie dans vos process

Les démarches d’efficacité énergétique industrielle concernent souvent la production d’utilités en premier lieu. Une priorisation compréhensible : après tout, les produits sont l’objet même de l’activité, et ne peuvent souffrir de la moindre baisse de qualité ou de cadence de production. Intouchables donc les process de fabrication !? Pourtant il est possible (et souvent souhaitable) de challenger leur rendement énergétique. Voici déjà quelques pistes…

 

1- Impliquez les opérateurs

À l’usine ou à l’atelier, comme ailleurs, on cherche à bien faire : des produits de qualité, en respectant les consignes et les KPIs, et en s’appuyant sur l’expérience et la connaissance. Sauf que ces bonnes intentions se traduisent parfois (et même souvent) par des attitudes gourmandes en énergie : un confort de conduite exagéré (marges de sécurité en puissance et/ou en durée de fonctionnement), une confusion entre consignes et habitudes (« Ça fait trente ans qu’on fait comme ça, personne ne s’est plaint »), et un manque criant de prise en compte de la chose énergétique. L’efficacité énergétique n’est certes pas la priorité mais ce n’est pas une raison pour la délaisser totalement.

 

Les solutions :

  • Trouvez des compromis sur les marges de sécurité. Ce qui demande une grande confiance en vos installations, en vos équipements, et en vos compétences.
  • Détectez régulièrement les besoins en connaissances, et proposez les formations et/ou les changements de poste qui en découlent.
  • Challengez les habitudes, en vous faisant aider d’outils et d’expertises extérieurs.

 

 

2- Exploitez votre chaleur fatale

Quasiment tous les process produisent de la chaleur résiduelle, pas toujours exploitée. Parfois à raison, par manque évident de rentabilité. Et souvent à tort, faute d’avoir vraiment étudié les possibilités. Le préchauffage de votre eau de chaufferie par l’eau de refroidissement des compresseurs sera-t-il rentable ? S’il existe des échangeurs pour récupérer des calories sous toutes formes (gaz/gaz, liquide/liquide, liquide/gaz…), encore faut-il s’assurer de la synchronisation entre les besoins et la production de chaleur, de puissances et températures compatibles, d’une distance raisonnable entre les producteurs et consommateurs, etc.

 

La solution :

Pratiquez la méthode PINCH.

Cet outil (désormais disponible sous forme logicielle) permet d’analyser l’installation thermique pour en maximiser l’efficacité énergétique via des échangeurs en tenant compte des investissements nécessaires, du prix de l’énergie, etc.

 

 

3- Affinez vos régulations

La stratégie de contrôle commande se heurte régulièrement à deux problématiques. D’abord l’identification des bons paramètres à réguler, ce qui n’est pas aisé si l’on ne connaît pas précisément les process de l’usine et les équipements. Et ensuite la définition des réglages de régulation : comment s’assurer que les corrections PID (proportionnel, intégral, dérivé) ne sont ni « standards », ni arbitraires ?

 

La solution :

Faites dialoguer les opérateurs avec le contrôle commande, avec l’appui d’un outil d’analyse et éventuellement avec l’aide d’un expert extérieur. Au-delà du bénéfice évident du travail collaboratif, il s’agit d’objectiver le fonctionnement de la régulation et de repérer des dysfonctionnements (phénomènes de pompages, bandes mortes, engagement/désengagement des machines, mauvais séquençage/imbrication des boucles de régulation…).

 

 

4- Assouplissez vos paramétrages

« L’humidité résiduelle de notre matière première doit être de 10 %. » Ah ? Que se passe-t-il à 9 %, ou à 11 % ? Quel sera l’impact sur la qualité du produit fini ? Sur la fiabilité des process ? Sur l’entretien et la maintenance des équipements ? Et surtout combien coûte la réduction de ce seul point d’humidité ? N’y a-t-il pas là des gisements de confort de conduite, de productivité, et d’énergie ?

 

La solution :

Passez des « set points » aux « set zones » : 10 % +/– 1.

La démarche demande bien sûr de rentrer profondément dans les process, en associant la qualité, la maintenance, le contrôle commande… Des tests réels sont également utiles.

 

 

5- Évitez l’obsolescence des équipements

Faut-il rappeler qu’une machine usée consommera TOUJOURS plus d’énergie qu’une neuve ? S’il n’est bien sûr pas question de remplacer des équipements encore « bons pour le service » par des modèles plus économes (quoique, cela peut être rentable dans certains cas…), il est tout de même rageant de voir les efforts énergétiques d’une équipe se diluer dans une machine antédiluvienne, simplement parce qu’il n’y a pas de CAPEX au budget.

 

La solution :

Prenez votre bâton de pèlerin, et allez convaincre la direction ! Avec bien sûr en poche un argumentaire financier démontrant un ROI rapide (incluant énergie, qualité, coûts de maintenance…).

Pensez également à l’investissement différentiel, si je dois remplacer dans tous les cas une machine, le ROI d’une machine performante (et coûteuse) se fait en différentiel d’un changement de machine à l’identique.

 

 

6- Rénovez vos réseaux de distribution

Prenons l’exemple d’un réseau d’eau chaude alimentant 5 bâtiments. Vingt ans après sa construction, deux édifices ont disparu, remplacés par un autre, situé plus loin sur le site. Le réseau est ainsi utilisé avec une pression et une température supérieure (afin d’alimenter correctement le bâtiment lointain et gourmand). Une aubaine pour les autres usagers, qui en profitent pour surconsommer allègrement !

 

La solution :

Remettez régulièrement « à plat » vos réseaux de distribution (topologie, paramètres, équilibrage). A minima, installez des équipements et compteurs pour responsabiliser les utilisateurs.

Pensez à isoler les bâtiments quand ils ne consomment pas (nuit, week-end, vacances, etc).

 

 

7- Outillez les managers

Qui connaît le mieux le fonctionnement de l’atelier : le manager qui suit les KPIs sur Excel, ou le chef d’atelier, qui les « vit » au quotidien ? Chacun son job bien sûr. Mais tout de même : comment confronter efficacité énergétique et confort de conduite (qui restent foncièrement antinomiques) si l’on ne comprend pas vraiment les contraintes du terrain ?

 

Les solutions :

Managers, restez proche du terrain ! N’oubliez pas de descendre quotidiennement dans les ateliers : écoutez, interrogez, discutez, avec bienveillance, sincérité, et curiosité. Vous resterez ainsi au contact des enjeux de vos équipes, et garderez  leur confiance pour changer leurs habitudes. Et bien sûr équipez-vous d’une plateforme numérique de management de l’énergie (Vertuoz Industri.e en propose une très bien !), qui vous permettra de matérialiser/appuyer vos analyses et propositions.